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QUI A PEUR de l'ECOLOGIE PROFONDE


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Roger Ribotto

1° Maîtres et possesseurs de la nature jusqu'à la fin des temps ?
Les écologistes ne devraient pas trop éreinter Descartes. Dans son "Discours de la Méthode", il écrit que les notions générales touchant la physique peuvent, grâce à leurs applications " nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ". Son "comme" sonne comme un principe de précaution. Considérer les êtres vivants, sauf l'homme, comme des mécaniques en irrite plus d'un. Mais c'est que le problème de notre philosophe était de renfermer Dieu dans un placard ; comment voulez-vous avec un Tout puissant pouvant s'il le veut, faire engendrer des renards par des femmes, construire une science, raisonner ? Mais aujourd'hui, le "comme" a bel et bien disparu de nos esprits Nous naissons maîtres et possesseurs de la nature depuis quelques siècles ; d'immenses populations, oubliant leurs traditions, s'entraînent aujourd'hui à naître de même. La nature n'est qu'un matériau dont nous pouvons user sans autres précautions que de langage ("greenwashing"). Nous sommes au sommet. Ainsi et à titre d'exemple, sur les relations homme/animal (cf le très intéressant "Le silence des bêtes" de la philosophe E.de Fontenay, Ed. Fayard, 1998), les uns verront entre l'un et l'autre une discontinuité, un abîme infranchissable, tandis que d'autres défendront une évolutions par degrés, mais unanimité du jugement final : l'homme culmine, domine.
Bien sûr, l'impression d'aller dans le mur est présente dans nos sociétés, tapie dans nos esprits. H. Arendt le discernait déjà chez les étudiants américains en révolte dans les campus, fin des années 1960. Un facteur décisif de cette révolte, écrivait-elle, réside dans le fait que " le progrès technique nous conduit directement au désastre, que les sciences enseignées à cette génération et par elle non seulement sont incapables de pallier les conséquences désastreuses de leurs applications techniques mais qu'elles ont atteint un stade de développement où " la moindre de nos damnées inventions peut se transformer en arme de guerre "(…)Il est tout à fait naturel que la nouvelle génération soit beaucoup plus consciente de cette possibilité de l'apocalypse que les hommes qui ont dépassé la trentaine, non du fait d'une plus grande jeunesse mais parce qu'il s'agit, pour les plus jeunes, de la première expérience décisive du mode " (H.Arendt, " Du mensonge à la violence ", Agora, Calman-Lévy, p119). Voilà qui était fortement dit. Depuis, le Journal Télévisé de 20 heures comporte quelques minutes sur l'effet de serre ou l'épuisement du pétrole. On tient des colloques, les gouvernants se réunissent, on discourt beaucoup.Il n'est pas sûr que toutes ces agitations qui, même si elles sont mieux que rien, changent notre manière de voir. Nous restons possesseurs de la nature. D'accord ! Nous pensons qu'il peut y avoir des manières plus intelligentes de l'exploiter : réduction des consommations de matière et d'énergie si vraiment il est démontré que c'est nécessaire. Car nous croyons au fond de nous même que notre domestique, la planète, devra accepter, par on ne sait quel subterfuge, de capturer le carbone en trop émis dans l'atmosphère, que toute énergie même celles ayant pour origine l'usage de combustibles fossiles, pourront être remplacées par du nucléaire dont les risques concerneront des gens si loin dans le futur qu'ils en deviennent virtuels. Bien sûr, de nombreux penseurs, empêcheurs de rêver en rond, nous font comprendre que c'est là une fuite en avant et que, comme le dirait ou l'a dit Jacques Ellul, le problème sera toujours dans la solution que l'on croit avoir apporté au problème précédent. Les adeptes de la simplicité volontaire eux-mêmes, tels qu'ils s'expriment dans diverses revues gardent des réactions de maîtres de la nature, maîtres intelligents et délicats mais bon !

Dans ce contexte, les tenants de l'écologie profonde proposent un renversement de perspective. Un renversement révolutionnaire d'un point de vue intellectuel. Nous ne sommes pas les maîtres de la nature, le centre de l'Univers et à qui tout doit être soumis. C'est très précisemment parce que nous nous croyons maître et centre que nous allons dans le mur entraînant avec nous bien des formes vivantes. Pensons autrement la place de l'homme dans la nature.
L'écologie profonde est un renversement copernicien. Dans nos civilisations occidentales saturées de sentences bibliques -" remplissez la terre et l'assujettissez " est-il écrit dans la Bible - le changement de perspectives se heurte à des verrous rouillés au fil des siècles. Et les recherches et découvertes scientifiques qui montrent l'unité du monde vivant ou qui portent sur la " conscience " ou "l'intelligence" des bêtes n'ont pour effet que de nous rendre schizophrènes.
Alors, dans un premier temps, ne retenons de l'écologie profonde, que l'exercice de décentrement. Nous plaçons l'homme au centre, voyons ce que cela donne que de ne pas l'y mettre, de le remplacer par le phénomène de la vie. Dans la vie courante, professionnelle, le hasard, le sentiment du moment peuvent parfois nous faire adopter cette attitude. Supposons-nous gestionnaire de forêt, nous sommes payés pour que celle-ci des fonctions de loisirs, un petit peu d'écologie mais surtout de production ; pour bien des sylviculteurs, la forêt n'est une usine à bois. Voici que nous croisons, rencontre toujours émouvante, un chevreuil. Et voici que nous nous demandons : après tout, à qui appartient cette forêt ? A l'homme seul ou aussi au chevreuil, à la fourmi, à l'autour, au perce-neige ? N'y a-t-il pas des titres de propriété à partager ? Ce sentiment ou cette réaction induira un type d'aménagement auquel nous ne pensions pas, une sensibilité à la préservation d'animaux ou de plantes. En somme, prenons l'écologie profonde, toujours dans un premier temps, comme une méthode pédagogique qui vaut le détour.
Il y a un certain temps, on parlait beaucoup du point de vue de Sirius. Car pour nous définir, nous situer, nous avons besoin d'une référence extérieure si nous ne voulons pas ronronner en membre d'un club fermé. Pour Robert Hainard, artiste et naturaliste suisse, pas " écologiste profond " pour deux sous quoi qu'on ait dit, la nature devait être préservée pour sa fonction d'équilibre (de complément ?) à la civilisation urbaine. Citons-le. " Nous ne pouvons nous appuyer, être nourris, fécondés que par ce qui n'est pas nous et ce qui n'est pas nous c'est, par définition, ce qui vit hors de notre volonté et de nos systèmes, la nature sauvage et libre. Le recours à la nature est inévitable (je préfère recours à retour, cela évite certains malentendus). Ce n'est pas un parti pris, un goût qu'on a ou qu'on n'a pas : c'est la loi la plus inexpugnable de l'homme. " (Extrait d'une communication au Colloque de mammalogie en 1977). Pour éviter le réflexe conditionné, le blocage, prenons en considération, sans a priori, la pensée ou l'opinion qui parait différente, dans la mesure, certes, où aucune haine n'y est prêchée.

2° la mise à l'index de l'écologie profonde.
Tout se passe comme si les pourfendeurs de l'écologie profonde voulaient d'abord que nous passions au large de cette réflexion, que nous comprenions bien qu'elle est une incarnation du diable, que c'est péché que d'en discuter sur le fond. Et dire qu'en pays anglo-saxons, elle est débattue par tout un chacun !
" Mais ces constructions (ndlr : qui en appellent à des systèmes de normes) faisant appel à des considérations éthiques, destinées à orienter l'action, s'en tiennent généralement à l'anthropocentrisme (élargi certes aux générations futures) comme si toute autre position mettait l'humanité en péril. La dénonciation de la deep ecology ou de l'écocentrisme demeure un rituel obligé qui ne nous parait pas justifié. " (C. et R. Larrère, " Du bon usage de la nature " Aubier, 1997, p.301)
Autre procédé littéraire qui a besoin de l'écologie profonde pour faire le maximum d'effet. Considérer deux extrémismes affreux et honteux de la pensée écologique. L'un sera…devinez ? l'intégrisme de l'écologie profonde auquel on accolera parfois, en prenant toutefois des gants, les réflexions " dictatoriales " de Hans Jonas avec son " Principe Responsabilité " ; à l'autre bout du segment : citer l'écologie de marché ou le greenwashing, ne pas hésiter à dire que l'écologie profonde et l'écologie sarkozyste ne sont que les deux faces d'une même pièce. Entre les deux, placer la vraie conception de l'écologie : la sienne. Ne pas en faire trop, ne pas consacrer trop de pages à des risques supposés et ainsi passer sous silence les dégâts immenses, observables aujourd'hui et des plus probables demain de la position anthropocentriste.
Ceux qui décrivent l'écologie profonde, revolver aux poings savent-ils de quoi ils parlent ? Dans les brèves accusations qui parsèment les articles de revues, on évoque, sans plus, la sacralisation de la nature. Est-ce- à dire que Copernic et Galilée parce qu'ils décentralisaient la terre ont sacralisé le soleil ?
Mais voici un motif d'étonnement. Dans un numéro de 2007 d'une revue " Décroissance " un journaliste classe l'écologie profonde parmi les faux amis, donc parmi les cibles. Dans la revue " Alternatives non violentes " (n° 144 p.30), figure un texte de M. Harribey qui est quelque chose dans le mouvement altermondialiste " Attac ". Cette personne écrit : " les thèses de celle-ci (l'écologie profonde) voisinent avec celles de la décroissance. " Plaignons ce ringard d'Aristote, qui a voulu mettre les choses au clair quant à la possibilité ou l'impossibilité que A et non A soient ou non la même chose.
Pour en finir avec ce haro sur la deep ecology, évoquons une démarche trop répandue mais si agréable à utiliser : l'amalgame. Rattacher à une pensée des groupes dont les actions effraient à juste titre. Soit le cas de L.Ferry (" Le nouvel ordre écologique ", Le Livre de Poche, 1992). Il assimile écologie profonde et nazisme ce qui est quand même pousser le bouchon assez loin. (Dans quelques lignes, nous parlerons d'Arne Naess, le " père " de " l'écologie profonde "). F.Ost (" La Nature hors la loi ", La Découverte, 1995, p.163) répond : " Une telle lecture, on en conviendra est totalement réductrice ; A.Naess lui-même fut un résistant anti-nazi et dans ses textes, il rejette explicitement la culture nazie (" toutes les cultures doivent être protégées sauf précisément celles qui, comme la mythologie nazie prône la disparitions des autres ").Au delà du cas personnel de tel ou tel, il est clair que les groupes qui se réclament de la deep ecology relèvent plutôt des mouvements sociaux alternatifs, issus dans les années soixante de la contre culture. ". Naess combattrait l'application de ses propres idées si elles devaient conduire au totalitarisme.
Comprenons-nous bien. Qu'une personne ayant pris connaissance des tenants et aboutissants de ce que l'on peut savoir sur l'écologie profonde hors pays anglo-saxons, ayant réfléchi sérieusement sur ses conséquences sociales, conclue à la dangerosité de cette pensée et la combatte est légitime ; il DOIT même agir en ce sens. Mais, de grâce, que ceux qui chargent l'écologie profonde précisent bien, avant toute imprécation, quelle est LEUR définition de cette pensée.

3° Une présentation - parmi d'autres - des principales caractéristiques de l'écologie profonde.

Adoptons une démarche qui, en soi relève d'une extrême banalité mais qui par un concours de circonstances étrange s'avère être d'une inhabituelle originalité. Considérons que pour discuter d'un mouvement, d'une pensée, il n'est pas inutile de lire la charte, la constitution, le manifeste et qui sont censés constituer le socle de ce mouvement ou de cette pensée.
L'expression " écologie profonde " a été créée par Arne Naess en 1973. Quelques mots complémentaires sur ce personnage évoqué à l'instant. Puisons dans la bibliographie figurant dans l'ouvrage " Quelle écologie radicale ? " (Ed. Atelier de Création libertaire-Silence. 1994, p.136). " Eminent philosophe norvégien. Fondateur de la revue internationale Inquiry . En 1969, il renonça à son poste de professeur à l'Université d'Oslo, après une trentaine d'années consacrées à la philosophie des sciences, la sémantique et l'étude des philosophies de Spinoza et de Gandhi pour se consacrer essentiellement à l'"écosophie" c'est-à-dire à l'approche philosophique de l'écologie qui prolonge en fait ses recherches sur la non violence." A.Naess dans l'article fondateur, créateur de l'expression deep ecology (revue Inquiry : The shallow and the deep long range ecology movement. A summary " propose 8 (ou 7 ?) principes qu'il remanie en 1984. Leur traduction figure dans un " Que-sais-je ? " (" L'éthique de l'environnement et du développement " JP.Prades, PUf,1995). Nous nous appuierons sur ce qui semble être la dernière version parue dans l'ouvrage " Deep ecology for the 21st Century " édité en 1995 aux USA et traduite dans la revue " L'écologiste " n°12, 2004, p 46 et 47 avec des commentaires d'A.Naess lui-même. Entre cette dernière et les précédentes, il y a des changements. A.Naess renonce à parler d'autogestion, de rapports entre les pays industrialisés et les cultures traditionnelles, entre la nécessité de la coopération en lieu et place de la lutte imposée par les plus forts. Il introduit dans le dernier texte, le problème de la surpopulation.
Considérons l'écologie profonde comme une appellation d'origine contrôlée, ce que tout le monde fait puisque l'expression est toujours entre parenthèses. Assimilons les 8 principes ci-dessous au " cahier des charges " de l'A.O.C.
Citons, à la suite, les principes 1, 2 et 3 qui définissent les fondements de la pensée.
1- Le bien-être et l'épanouissement de la vie humaine et non humaine sur Terre ont une valeur en eux-mêmes. Ces valeurs sont indépendantes de l'utilité que peut représenter le monde non humain pour nos intérêts humains.

2 - La richesse et la diversité des formes de vie contribuent à l'accomplissement de ces valeurs et sont également des valeurs en elles-mêmes.

3 - Sauf pour la satisfaction de leurs besoins vitaux, les hommes n'ont pas le droit de réduire cette richesse et cette diversité

Les discussions sur la valeur intrinsèque des formes de vie non humaines sont sans fin. Remarquons que nous pouvons simplement être d'accord sur le fait qu'une forme de vie non humaine n'a pas à être détruite pour un simple caprice. D'ailleurs, le sentiment de respect de la vie, hors toute crainte de faire disparaître des espèces parce qu'aidant la recherche médicale, est assez immédiat. Il y a, par rapport à ces premiers principes, davantage d'écologistes profonds qu'on ne le croit. Nous savons qu'au cours d'une simple promenade, même en faisant attention, nous détruisons de nombreux invertébrés, nous devons manger, user de formes vivantes aussi les besoins vitaux de l'homme sont-ils affirmés. Arne Naess ne déduit aucune conclusion juridique des principes 1 et 2. .A. Il en appelle simplement à nos sentiments, à nos idées sur les choses et les êtres. Il écrit : " Sans conscience écologique, on aurait besoin de tant de lois et de règlements que cela serait invivable, surtout si on voulait les appliquer effectivement. Sans changement de mentalité et de style de vie, la crise écologique ne peut être résolue." (Dans " Quelle écologie radicale ", déjà cité, p.6)

4° - L'épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L'épanouissement de la vie non humaine requiert une telle diminution.
Voici la question polémique de la surpopulation. Nous sommes tous plus ou moins conditionnés par le " Soyez féconds, multipliez et remplissez la Terre ", l'injection de Dieu à Noé, après le déluge. Réduire la fécondité demeure un péché. Certes, avancer un optimum de population est un leurre. Sans doute faut-il d'abord tenir compte du poids des différentes catégories humaines sur la planète, ce que l'on désigne désormais par " l'empreinte écologique ". Nous pouvons mettre en place des modes de vie plus frugaux, répartir autrement les richesses. Un extraterrestre ayant pour consigne de réduire la surpopulation terrestre commencerait probablement par castrer les présidents de multinationales ainsi que les petites couches nanties de population qui, partout sur la planète, dévastent l'avenir. Mais, nous pouvons tourner les choses dans tous les sens, dire, pessimiste, que la Terre ne peut nourrir convenablement et sauver les écosystèmes que si nous ne sommes que 500 millions ou, optimiste, affirmer que nous pouvons aller, parce que nous sommes très malins, jusqu'à 15 milliards d'humains, nous devons convenir qu'il y a une limite quelque part. Une limite au-delà de laquelle la vie humaine n'est plus humaine et la vie non humaine réduite à rien. Pour éluder cette question, on parle de " transition " démographique : après un accroissement extraordinaire, nous devrions arriver à une stabilisation dans les prochaines décennies, quelque chose comme 10 ou 12 milliards. Ce n'est quand même pas rien. Ne pourrait-on améliorer les perspectives en améliorant le sort de la femme partout dans le monde, y compris chez nous où elle subit des violences quelle que soit la classe sociale étudiée ; l'améliorer dans toutes les zones de la planète où elle n'est qu'une chose, violable à merci. Cela suppose que les religions deviennent sages ; mission impossible ?

5° - L'interférence actuelle des hommes avec le monde non humain est excessive et la situation s'aggrave rapidement.
Ce 5e principe est un constat. Ce constat au fil des ans est devenu une banalité tragique. La réduction de la biodiversité n'est contestée par personne même pas par des gouvernements fort peu écologistes profonds voire fort peu écologistes du tout qui adhèrent à des Conventions internationales sur la biodiversité, ni même par les plus farouches anthropocentristes.

Regroupons les principes 6 et 7
6°- Les politiques doivent changer. Elles doivent affecter les structures économiques, technologiques et idéologiques de base. La situation qui résultera du changement sera profondément différente de la situation actuelle.
7° Le principal changement idéologique consistera en la valorisation de la qualité de la vie plutôt que de toujours promouvoir un niveau de vie supérieur. (La traduction littérale de ce principe adoptée dans " L'écologiste " est un peu plus longue, plus lourde mais correspond à celle adoptée ici.)
En 1973, ces principes secouaient des esprits. Mais maintenant où des changements drastiques risquent de survenir par effet du renchérissement du pétrole ou du réchauffement climatique, bouleversant nos modes de vie, les questions de choix de politiques techniques, économiques et autres, les nécessités de changement de mentalités (" d'imaginaire ", comme on dit dans les revues spécialisées) sont sur la place publique.

8° - Ceux qui adhèrent aux points précités ont obligation de tenter de mettre en place directement ou indirectement ces changements nécessaires.
Naess commente ainsi, dans " L'Ecologiste ", son 8e principe : " Il y a de la marge pour la discussion des priorités : qu'est ce qui doit être fait en premier ? Et ensuite ? Qu'est ce qui est le plus urgent ? Qu'est ce qui doit être fait selon toute nécessité et qu'est ce qui est souhaitable et moins urgent ? La ligne de front de la crise environnementale, longue et variée, offre de la place pour tout le monde. "
Aucun appel à la violence dans tout cela, aucune exhortation à la mise en place d'un gouvernement autoritaire. Rappelons qu'A.Naess, dans son pays, la Norvège, en 1970, luttant contre un projet de barrage dans un fjord s'est simplement enchaîné aux rochers, tout seul…et a gagné.(fiche Wikipédia). Répétons-le, Naess s'inspirait de Spinoza, de Gandhi et du bouddhisme. L'ouvrage qui l'aurait orienté vers l'écologie profonde serait " Le Printemps silencieux " de Rachel Carson. Par chance, l'un de ses ouvrages vient d'être traduit en français (" Ecologie, communauté et style de vie ", éditions MF, 2008). Que l'on s'y reporte et l'on saisira alors la démarche de l'auteur toute empreinte de prudence.

Après tout, une présentation de l'écologie profonde pourrait en rester là, à cette présentation des principes de base et à chacun de réfléchir sur leurs pertinences, leurs intérêts, leurs nocivités, bref d'en déduire s'il doit y adhérer, la combattre ou l'ignorer. On y ajoute en général, le thème que privilégiait Naess: l'écosophie. En clair, l'objectif pour tout un chacun est de se réaliser, d'être soi et ce en harmonie avec la nature. Etre soi sans crainte car comme l'écrit Thoreau dans " Walden ou la vie dans les bois " : " Si un homme ne marche pas de pair avec ses compagnons, peut-être est-ce parce qu'il entend battre un tambour différent. ". En harmonie avec la nature : " …la deep ecology d'Arne Naess, préoccupée des modes de réalisation de soi, qui n'affirme pas le besoin d'une éthique environnementale mais insiste sur l'impossibilité de séparer le sujet et l'objet, le soi et le monde dont il fait partie et lie l'épanouissement des deux dans une même unité. " (" Le bon usage de la nature ", déjà cité, p.308). Actuellement, nous vivons en dysharmonie d'avec la nature et nous tendons à accroître le phénomène. L'écosophie de Naess, telle qu'exprimée dans les principes 1, 2 et 3 et portant sur le respect de toute forme de vie conduit à chasser l'homme du centre de l'univers pour le remplacer par la vie, position appelée biocentrisme. Horreur ! Revoilà la sacralisation de la nature, l'homme qui était tout est réduit à rien. Mais nous avons déjà trouvé cette objection face à toute révolution copernicienne qui ne fait qu'exprimer les choses.
Des cultures ont vécu l'écologie profonde avant que le label existe. Relisons souvent la " Déclaration " de 1854 du Chef indien Seattle, l'un des plus beaux textes environnementaux. Il résulte de notes prises par un négociateur du gouvernement américain. Au delà des apparences d'un débat libre, l'Indien est contraint de se soumettre et de vendre les territoires de sa tribu. Il se soumet mais parle. Voici quelques très brefs extraits de sa Déclaration. : "Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les humains crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes. Nous le savons : la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme par le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L'homme n'a pas tissé la toile de la vie. Il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même". Les descendants du chef Seattle sont peut-être des consuméristes mais, s'ils se rappellent leur ancêtre, des consuméristes tristes et destructeurs de la toile de la vie.

Combattre l'individu A.Naess et ses principes n'est pas évident, des ennemis de la deep ecology manifestent un certain respect pour le norvégien : "Arne Naess n'en demeure pas moins un des rares écologistes profonds à chercher à prévenir les dérapages, pour ne pas dire plus, du biocentrisme". ("Les scénarios de l'écologie", D. Bourg, Hachette, 1995, p.56). D'accord mais ce rare écologiste profond est le père de l'écologie profonde et, même en nos temps où l'autorité parentale bat de l'aile, ce n'est pas rien. Du coup, comment diaboliser l'écologie profonde ? Dans l'ouvrage cité à l'instant, on donne un deuxième père à l'écologie profonde et qui, lui, serait un danger public : Aldo Léopold. Ce philosophe forestier est mort 15 ans avant que naisse le label " écologie profonde ". Il est l'auteur de " l'Almanach d'un comté des sables " dont se sont effectivement inspirés des militants de mouvements se voulant écologistes profonds : " Earth First ! " (la terre d'abord !) dans les années 1980 en l'occurrence. Résumons. A. Léopold propose une " éthique de la terre " (traduction littérale de " land-ethic " pas vraiment satisfaisante comme pour beaucoup d'autres expressions). Voici les principes de base de Léopold tels qu'exprimés dans la 3e partie de " l'Almanach ". " L'éthique de la terre élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l'eau, les plantes et les animaux ou, collectivement, la terre", "Examinez chaque question en termes de ce qui est éthiquement et esthétiquement juste autant qu'en termes de ce qui est économiquement avantageux. Une chose est juste lorsqu'elle tend à préserver l'intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste quand elle tend à l'inverse".
Certes, il faut lire le raisonnement de D.Bourg pour qui Naess le gentil + Léopold le méchant conduisent " à une sorte de machine infernale, difficilement contrôlable et terriblement dangereuse. Mieux vaut donc y renoncer. " (" Les scénarios de l'écologie " p.56). Mais il faut entendre aussi le penseur américain John Baird Callicot pour qui le respect des droits de l'homme n'est pas éclipsé par l'éthique de la terre, celle-ci élargit la conscience morale à la nature. Léopold veut inciter l'homme à changer de mode de vie et de mode de comportement vis-à-vis du monde. Et comme toujours, le mieux est de lire soi-même "l'Almanach d'un Comté des sables" et d'y rechercher le fascisme environnemental qui s'y dissimulerait.


4° - L'écologie profonde met-elle l'humanisme en péril ?
Reconnaissons au livre de Luc Ferry , " Le nouvel ordre écologique ", le mérite de poser franchement cette question même si la réponse générale est déjà dans le titre et si les arguments sont parfois de l'amalgame. La question est facile à poser mais la réponse l'est-elle ? Les définitions de l'humanisme sont variées. Pour l'homme de la rue, l'humanisme c'est l'humanité, l'amour et le respect du prochain. Mais si, comme cela se fait, nous accolons humanisme à " Lumières ", nous dévidons : lumières - révolution de 1789 - libertés bourgeoises - droit de propriété et…. - économie de marché - capitalisme, voire - ultra-libéralisme. Ce n'est pas le top !
Devons-nous absolument choisir : l'homme OU la nature ? L'homme ET la nature est-ce vraiment la catastrophe ? Sommes nous condamnés à humanisme = anthropocentrisme = nature comme simple matériau ? Un humanisme incluant le respect des formes de vie non pour leur utilité immédiate ou possible mais parce qu'elles existent et que nous sommes tous, humains et non humains, dans la même galère de l'Evolution est-il impossible par essence ? Relisons Claude Levi-Strauss pour qui notre humanisme est " dévergondé " : " …que règne, enfin, l'idée que les hommes, les animaux et les plantes disposent d'un capital commun de vie, de sorte que tout abus commis aux dépens d'une espèce se traduit nécessairement, dans la philosophie indigène, par une diminution de l'espérance de vie des hommes eux-mêmes, ce sont là autant de témoignages peut-être naïfs, mais combien efficaces d'un humanisme sagement conçu qui ne commence pas par soi-même mais fait à l'homme une place raisonnable dans la nature au lieu qu'il s'en institue le maître et la saccage sans même avoir égard aux besoins et aux intérêts les plus évidents de ceux qui viendront après lui. " (" Le regard éloigné " Plon, 1983)

On assimile parfois l'écologie profonde à du fascisme. En fait, on parle en général de mouvements déclarant s'inspirer dans leurs actions de l'écologie profonde et, en plus précis d'un seul mouvement évoqué un peu plus haut : " Earth First ! ", aux USA, de 1980 à 1990. Dès son origine, deux catégories de militants y ont coexisté : des écologistes profonds et des écologistes sociaux, libertaires, qui ont fini par prendre les rênes en 1990. Il est vrai que des propos avérés de membres de ses groupes étaient franchement scandaleux : racistes, xénophobes, sexistes. Mais voici les éternelle questions : ces propos étaient-ils aberrants, liés à la personnalité de qui les prononçaient et sur quoi l'on se précipite pour appuyer ses préjugés ou se situaient-ils vraiment dans la logique de l'écologie profonde ? Les goulags et Staline étaient-ils en germe dans " le Manifeste communiste " d'Engels et Marx ou résultaient-ils de l'état d'esprit de certains bolcheviks ? Les crimes de l'Inquisition espagnole étaient-ils en germe dans l'Evangile ("Aimez-vous les uns les autres"), dans la logique d'une église impérialiste ou dans les seuls cerveaux de dignitaires genre" serial killers" ?


Récapitulons.
Il n'en coûte rien et ce peut être profitable pour l'avenir de la planète que de se placer, un instant, un instant seulement, dans une perspective autre que celle qui prévaut dans nos sociétés.
Il faut sortir enfin de la schizophrénie entre ce que nous affirmons penser et ce sur quoi nous font réfléchir des découvertes scientifiques. Nous ne pouvons échapper, avant ou après les bouleversements provoqués par les crises qui s'annoncent, à une prise en considération du biocentrisme dans nos comportements.

Roger RIBOTTO,
Avril 2009



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